Corpus Christi - PROLOGUE

Publié le par corinne-philippe-livres.over-blog.com

PROLOGUE

 

La soirée était déjà bien avancée lorsqu'on frappa à la porte.

 

L'homme reposa la bière blonde qu'il venait de décapsuler, baissa le son du téléviseur qui diffusait un western des années 70, et se leva du fauteuil sur lequel il était affalé. La chaleur était encore lourde malgré le ventilateur qui brassait l'air dans un ronron régulier. Il essuya ses mains moites sur son tee-shirt à l'effigie d'une meute de loups hurlant à la lune, et se dirigea vers la porte en faisant grincer le vieux parquet, tout en se demandant qui pouvait bien lui rendre visite à une heure aussi avancée. Cela l'intriguait d'autant plus que rares étaient les personnes qui se donnaient la peine de venir jusque chez lui.

 

Il jeta un regard au travers de la fenêtre qui jouxtait l'entrée, puis, rassuré, il ouvrit.

 

- Bonsoir, fit-il, que faites-vous ici aussi tard ? Je peux vous aider ?

- Je ne voulais pas vous déranger, je passais par là et j'ai vu que c'était encore éclairé. Avec cette chaleur, j'ai du mal à trouver le sommeil et j'ai pensé que pour vous c'était la même chose, alors je me suis dit : "si on buvait un verre ensemble". J'espère que vous me pardonnerez mon audace.

- Pourquoi pas après tout, entrez, je viens juste de m'ouvrir une bière bien fraîche, je vous sers la même chose ?

- Ce n'est pas de refus, merci.

 

L'homme se dirigea vers la partie de la pièce qui lui servait de cuisine, sortit la boisson du réfrigérateur, et retourna vers son hôte.

 

La stupeur le figea net. L'autre, qui avait pris sa place dans le fauteuil, braquait un revolver dans sa direction. Il leva instinctivement les bras, une canette de bière embuée dans une main, un verre dans l'autre.

 

- Mais qu'est-ce que….

- Avance, pose ça sur la table et approche.

 

L'homme obéit, oscillant entre la peur, la surprise et l'incompréhension.

 

- Retourne-toi.

 

Il obtempéra sans un mot et sentit le contact froid du canon de l'arme appuyé sur sa nuque.

 

- On va dans ta chambre.

- Mais pourquoi ? Qu'est ce que je vous ai fait ? Qu'est-ce que vous me voulez? Je n'ai pas d'argent, il n'y a rien a voler ici…

- T'ai-je dit que je voulais de l'argent ? Allez, avance et ne discute pas.

 

L'homme s'exécuta. Ils pénétrèrent dans la chambre poussiéreuse. D'une main, l'autre sortit de sa poche un rouleau d'adhésif et le balança devant lui.

 

- Allez, ramasse et attache-toi les chevilles, et ne fais pas semblant, autrement…

 

La menace resta en suspens dans l'air qui se faisait de plus en plus lourd. L'homme transpirait maintenant à grosses gouttes, ses doigts glissaient sur le collant. Il s'assit sur le matelas pour parvenir à atteindre ses chevilles et s'appliqua à serrer ses liens.

 

- Bien, fit l'autre en lui lançant une paire de menottes, accroche-toi aux barreaux du lit.

 

Il suivit l'ordre, toujours sous la menace de l'arme. L'autre s'approcha, vérifia la solidité des liens et sortit de la pièce.

 

L'homme n'eut pas le temps de ressentir un quelconque espoir ou même du soulagement, que son hôte était déjà de retour, une solide batte de base-ball en main.

 

Il ouvrit la bouche pour hurler, mais son cri fut brisé net par un violent coup à l'arrière de la tête. Il vit la pièce tourner sur elle-même, une douleur aiguë lui traversa le crâne, puis plus rien, il venait de perdre connaissance.

 

Combien de temps était-il resté inconscient ? Il n'en avait pas la moindre idée et de toute façon, il n'était plus en état de réfléchir à quoi que ce soit. Il ouvrit péniblement les paupières, la douleur était toujours là, lancinante, il se sentait nauséeux, la chambre dansait toujours autour de lui, comme entraînée dans une folle ronde.

 

Il était à présent allongé sur le lit, de l'adhésif avait remplacé les menottes autour de ses poignets, il tenta d'appeler au secours et s'aperçut qu'on l'avait également bâillonné. Dans un ultime effort, il se redressa, le temps de voir qu'il était nu comme un vers, et retomba lourdement.

 

Puis il vit entrer dans la ronde une sorte d'ombre noire, tournoyant autour de lui comme un vautour.

 

Soudain, une douleur atroce lui déchira le ventre,  l'envie de vomir devint insoutenable, et cette impression qu'une main fouillait ses entrailles…Tout se mélangeait, la douleur, la peur, le vertige et les mots qu'il percevait : " Tu es un être impur, tu dois te repentir de tes péchés", lui murmurait-on à l'oreille. Lui parlait-on réellement ou bien n'était-ce que le fruit de son imagination en proie à un délire fiévreux ?

 

Quelques secondes plus tard, il n'entendait plus qu'un bourdonnement, ne ressentait plus aucune souffrance, il était presque bien, comme sorti d'un mauvais rêve. Si seulement il n'avait pas eu si froid…

 

Une larme roula le long de son visage, tout devint noir, le rideau de la vie venait de se baisser sur son dernier acte.

 

L'ombre noire repartit aussi silencieusement qu'elle était arrivée. Tout redevint calme et tranquille, la chaleur enveloppait la ville endormie sous un duvet d'étoiles.

 

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