Petit extrait du Tueur aux Etoiles

Publié le par corinne-philippe-livres.over-blog.com

PROLOGUE
Florence - Alabama octobre 2002
L’officier William Curtis était de permanence ce soir là. Il se
trouvait plongé dans la lecture de son Elysian Fields Quarterly,
quand la sonnerie du téléphone l’arracha à l’article consacré à
son idole, Lou Gehrig (1).
- Police de Florence, officier Curtis j’écoute.
- Bonsoir officier, je vous appelle pour vous signaler un
meurtre, rendez-vous sur le campus de l’université, vous la
trouverez dans les bras de son Roméo, fit la voix à l’autre
bout du fil.
Curtis n’eut pas le temps de poser une seule question que
l’homme avait déjà raccroché.
Qu’avait-il voulu dire par "vous la trouverez dans les bras de
son Roméo " ?
Puis il se souvint des statues représentant Roméo et Juliette
érigées juste derrière l’amphithéâtre en plein air sur le campus
de l’UNA (2).
Le souvenir de la voix au téléphone lui fit espérer qu’il
s’agissait peut-être une blague d’étudiant, mais de toute façon,
il n’avait d’autre choix que d’aller vérifier.
(1) Célèbre joueur américain de Base-ball surnommé The Iron Horse, un
film de 1942 le Vainqueur du Destin, retrace sa vie.
(2) University of North Alabama
- 5 -
Après avoir prévenu une patrouille et le légiste de garde, il se
rendit sur les lieux.
Il s’aperçut très vite que l’appel était sérieux et que, même si ce
dernier pouvait émaner d’un étudiant, une chose était certaine,
cela n’avait rien d’une blague.
Roméo, faisant face à Juliette, tenait dans ses bras tendus,
comme une offrande, une jeune femme, la tête renversée en
arrière, les bras ballants et visiblement morte.
Curtis braqua une lampe sur son visage, et eut un mouvement
de recul en constatant que la malheureuse victime était en partie
défigurée de façon peu commune. En plein milieu de son front,
manquait un morceau de chair en forme d’étoile, et dans la
lumière de la torche on pouvait clairement distinguer une partie
de son os frontal.
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CHAPITRE 1
New York City - Septembre 2010
L’inspecteur Jack Saunders était d’une humeur massacrante.
Un appel du central l’avait tiré des deux heures de sommeil
qu’il s’était enfin accordé. A peine le temps d’avaler un café
noir à la hâte, de sauter dans sa Ford Mustang coupé de 1968,
un véritable petit bijou qu’il chérissait comme une femme, et il
prit la direction de Central Park.
Jack frôlait la cinquantaine mais gardait une allure de jeune
premier avec son regard bleu acier, ses cheveux brun coupés
courts, son jean délavé et son éternel blouson de cuir presque
aussi âgé que sa Mustang.
Il vivait seul dans son loft New Yorkais, en compagnie d’un
énorme chat de gouttière.
Un soir, il avait trouvé le matou sur le pas de la porte en
rentrant du bureau et l’avait aussitôt adopté malgré la griffure à
la main qu’il lui avait infligée. Cet "acte délictueux" lui valut
d’être baptisé Wolverine en référence aux comics que Jack
affectionnait depuis sa tendre enfance.
A cette heure de la nuit, la circulation était fluide. Il arriva
rapidement sur la 5th et, dans un crissement de pneus, bifurqua
sur l’East Drive.
Il ignorait pourquoi, mais il détestait Central Park la nuit. Ses
sentiers déserts, ses immenses plans d’eau où la lune faisait
refléter des arbres gigantesques, il trouvait cela lugubre.
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Et quand, "cerise sur le gâteau", il savait qu’il allait devoir y
examiner un cadavre de jeune femme, le tableau était complet !
Il fut bientôt en vue de l’attroupement de silhouettes familières
qui se découpaient telles des ombres chinoises dans la lueur des
projecteurs et des lampes torches.
Après un bref signe de la main à ses collègues, il passa le
périmètre de sécurité déjà mis en place.
- Qu’est ce qu’on a ? lança-t-il à la ronde.
Comme un seul homme, le légiste et son assistant s’écartèrent,
laissant apparaître la "scène de crime"…
Ce qui lui apparut alors, prit un air surréaliste sous le ciel
humide de cette nuit de septembre. Là, à deux mètres de lui,
assise sur son énorme champignon, Alice tenait dans ses bras le
cadavre d’une femme.
De part et d’autre, le chapelier et le lapin blanc semblaient
veiller le corps, attendant que quelqu’un daigne s’en occuper.
- Moi, je parie pour le chapelier ! fit Alvarez, l’air goguenard,
je lui ai toujours trouvé l’air suspect, mais pour l’instant il
refuse de parler !
Jack secoua la tête comme un signe de fatalité. Au fil des
années il s’était habitué à l’humour du Lieutenant Alvarez et
avait renoncé à le dissuader d’émettre ce genre de plaisanteries.
Ca faisait partie intégrante de sa personnalité et Jack admettait
même, que parfois, devant des scènes particulièrement atroces,
son détachement et son humour, désamorçaient la tension
ambiante.
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C’était sa façon à lui de poser une barrière invisible entre les
victimes et ses propres émotions. Certains pouvaient le trouver
trop insensible, limite irrespectueux, mais Jack le comprenait.
Depuis le temps qu’ils faisaient équipe, il avait appris à
apprécier ce grand gaillard généreux et entier, un flic on ne peut
plus intègre.
Il s’approcha de la statue de bronze érigée en l’honneur de
l’oeuvre de Lewis Caroll.
L’inconnue gisait là, les yeux fermés sur le ciel New Yorkais
qu’elle ne verrait plus jamais. Elle était vêtue sobrement, mais
avec une certaine élégance, un de ses pieds était nu, l’autre
portait un escarpin rouge assorti à son chemisier. Autour de son
coup brillait une délicate chaîne d’or au bout de laquelle
pendait une petite croix, en or également. Ses mains, fines et
manucurées ne portaient pas de blessures défensives
apparentes.
Jack crut tout d’abord qu’on lui avait dessiné une étoile à cinq
branches au centre du front, mais en se penchant sur la victime
il se rendit compte que la chair avait été entaillée et prélevée
jusqu’à l’os par son agresseur.
- Encore un malade en liberté, pensa-t-il.
Le Docteur Morgan, médecin légiste de son état, et répondant
plus communément au surnom de Doc, entama le résumé des
premières constatations :
- La victime est une femme de race blanche, environ 25 ans,
nous n’avons pas trouvé de papiers d’identité sur elle. Elle
porte une unique blessure par arme blanche, au niveau du
coeur. On a probablement utilisé un couteau à large lame, le
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coup a été porté avec une extrême violence et avec
précision. La victime ne semble pas avoir subit de violences
sexuelles. Le lambeau de peau sur la région frontale a
probablement été prélevé à l’aide d’un instrument tranchant
de type lame de rasoir ou, plus certainement, d’un scalpel.
L’heure de la mort se situe entre 1 et 2 heures du matin.
L’absence de traces de sang nous fait penser que le corps a
été transporté et qu’elle n’a donc pas été tuée ici.
Je pourrai vous en dire plus après l’autopsie.
- Merci Doc, vous pouvez l’emmener et prévenez-moi dès
que vous avez du nouveau.
- Qui a signalé la présence du corps ? demanda Jack
- Un appel anonyme inspecteur. Un homme, à trois heures,
on vous a prévenu aussitôt répondit John Lynn. Le gars
semblait vous connaître, il a d’abord demandé à vous parler,
puis il a insisté pour qu’on vous prévienne. Nous avons
l’enregistrement .
Le Sergent John Lynn bossait sous les ordres de Jack depuis
seulement une quinzaine de jours et le courant était passé entre
les deux hommes. Il était encore très jeune et Jack avait parfois
l’impression de se revoir des années en arrière en le regardant
travailler avec toute la fougue que lui conférait sa jeunesse.
- Inspecteur, inspecteur, on vient de trouver ceci dans une
poubelle !
L’homme qui arrivait au pas de course du secteur de
Conservatory Water, tenait à bout de bras un sac à main en cuir.
Visiblement fier de sa découverte, il le tendit à Jack qui
entreprit aussitôt une fouille minutieuse. Il y trouva un
trousseau de clés, un bâton de rouge à lèvres, un paquet de
cigarettes blondes d’une marque bien connue, un briquet doré,
un téléphone portable, un portefeuille qui contenait deux billets
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de 20 dollars, une carte de crédit et un permis de conduire au
nom de Dorothy McCorb.
- C’est bien notre victime, Dorothy McCorb, 26 ans, 170 E
75th rue. C’est juste derrière l’église St Jean Baptiste pensat-
il, à cinq minutes d’ici.
- John, retournez au bureau et faites une recherche complète
sur la victime. Je veux tout savoir sur elle, son travail, sa
famille, ses amis, analysez également son téléphone, je
veux savoir qui l’a appelée en dernier, et vérifiez aussi ses
messages. Et j’allais oublier, tentez de déterminer d’où
venait l’appel anonyme. Alvarez ! avec moi, nous allons
faire un tour à son appartement.
Au moment où il prononçait ces mots, le Doc terminait de
charger le corps et les gars de la scientifique effectuaient les
prélèvements sur Alice, le lapin et le chapelier.
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CHAPITRE 2
Tout en conduisant, Jack tenta de mettre un peu d’ordre dans
ses idées. Le vol ne semblait pas être le mobile puisqu’on avait
retrouvé son argent et sa carte de crédit. On ne lui avait pas non
plus arraché sa chaîne en or.
Cependant, deux choses l’intriguaient par-dessus tout. La
première était cette étoile à cinq branches prélevée sur le front.
Qu’est ce que cela pouvait signifier ? Une signature ? Une
vengeance ?
La seconde chose qui le tracassait, était la raison pour laquelle
ce type l’avait appelé, lui. Devait-il prendre cet appel pour un
message ? Evidemment, comme tout bon flic qui se respecte, il
avait des ennemis, mais les plus dangereux étaient derrière les
barreaux et les autres étaient plutôt de petites frappes bien
incapables de ce genre d’horreur.
Autant de questions auxquelles il allait devoir rapidement
trouver des réponses.
Il en était là de ses réflexions quand il se gara au bas de
l’immeuble du 170 E. C’était un bâtiment de quatre étages, aux
murs blanchis, un escalier de secours courrait le long de la
façade.
Il s’engagèrent dans l’escalier intérieur jusqu’au second étage.
Alvarez sonna une première fois à la porte en bois vernis sans
obtenir de réponse. Il insista, mais l’appartement restait
silencieux.
- On entre, décida Jack.
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La porte était fermée à clé.
Alvarez enfila ses gants, utilisa le trousseau trouvé dans le sac
de Dorothy et poussa prudemment la porte. A tâtons il trouva
l’interrupteur.
L’appartement semblait en ordre. Il ressemblait à un pied-àterre
de célibataire, meublé de façon simple mais raffinée. Il
flottait dans l’air un parfum léger, certainement celui de sa
propriétaire, pensa Jack.
Passé le vestibule, on pénétrait directement dans le salon. Un
canapé noir, une table basse, avec dessus quelques revues de
mode négligemment posées. Au mur, un écran LCD dernier cri
entouré de deux tableaux d’art moderne aux couleurs chaudes.
Une porte à battants type "saloon" donnait sur une kitchenette.
Un verre de soda à demi vide traînait sur le plan de travail et, à
part ce détail, tout était propre et rangé.
- Inspecteur, venez voir par ici ! Je crois que j’ai trouvé le
point de départ du "voyage au pays des merveilles" !
Alvarez se déplaça sur le côté, laissant Jack découvrir la
chambre.
Le lit était maculé de taches de sang, sur l’épaisse moquette
blanc cassé, un escarpin de couleur rouge dépassait du coin de
la commode laquée noir. Selon toute vraisemblance, ils
venaient effectivement de découvrir la réelle scène du crime !
- Ne touchez plus à rien et appelez immédiatement la
scientifique, ils ont encore du travail ici, intima Jack au
Lieutenant qui s’exécuta aussitôt.
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Les draps n’étaient pas défaits et malgré le fait qu’il se soit
produit des choses horribles dans cette pièce, tout était rangé et
net à l’image du reste de l’appartement. Aucune trace de lutte,
pas un bibelot cassé, rien, à part le dessus de lit souillé de sang
et l’escarpin.
On aurait dit que l’assassin avait pénétré tranquillement dans
l’appartement, avait liquidé sa victime sans que celle ci
n’esquisse un geste pour se défendre, et était reparti tout aussi
tranquillement avec le corps de Dorothy sous le bras.
Son instinct de chasseur lui soufflait que cette affaire allait lui
donner du fil à retordre et il avait hâte que le jour se lève pour
pouvoir interroger les habitants de l’immeuble.
Jack était en train d’examiner le courrier de la victime sur le
meuble de l’entrée quand un bruit de pas dans l’escalier se fit
entendre. Les gars de la scientifique arrivaient de Central Park.
Le temps d’enfiler leur équipement et ils attaquèrent leur travail
de fourmi.
C’est d’ailleurs ainsi que Jack les surnommait, les fourmis. Il
reconnaissait aisément que leur travail était capital pour
apporter des explications scientifiques devant un tribunal, pour
confondre un suspect avec la "reine des preuves " qu’était
l’ADN, pour relever des indices invisibles à l’oeil nu, mais il
restait un flic de la vieille école et faisait avant tout confiance à
son flair, et à de nombreuses reprises, sa méthode lui avait
donné raison.
- Inspecteur Saunders, l’interpella une des "fourmis ", venez
par ici, le luminol vient de révéler des traces de sang dans le
lavabo de la salle de bains.
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Ah ! Le luminol, pensa-t-il, depuis cette découverte les
criminels étaient bien en peine de dissimuler les traces de leurs
crimes, décidément rien n’échappait aux fourmis ! !
- On dirait bien que le tueur a fait sa vaisselle avant de partir,
on va démonter le siphon, histoire de vérifier si on peut
trouver autre chose, commenta Nina Anderson.
Jack avait collaboré avec Nina sur de nombreuses scènes de
crimes et à vrai dire, elle ne le laissait pas indifférent. C’était
une femme belle, intelligente, et elle ne comptait pas ses heures
passées à travailler d’arrache-pied à collecter le moindre indice
pouvant se révéler décisif. Non seulement, c’était une
scientifique hors pair, mais elle était également passionnée
d’histoire des Etats-Unis.
Jack ne s’était toujours pas décidé à franchir le pas et à l’inviter
à prendre un verre, ou à dîner. Peut-être, inconsciemment,
avait-il peur d’essuyer un refus.
- Merci Nina, je compte sur vous, avec Alvarez on retourne
au bureau voir où ils en sont, envoyez-moi votre rapport
complet dès que possible.
- Pas de problème Jack, vous l’aurez en priorité, lui répondit
Nina avec un de ses irrésistibles sourires dont elle avait le
secret.
Une furieuse envie de café le taraudait.
- Allez Alvarez, on rentre au bercail, on repassera plus tard
pour l’enquête de voisinage.
- 15 -
Le temps d’une halte au Starbucks du coin pour un double
expresso à emporter car il trouvait celui du bureau imbuvable,
et ils mirent le cap sur ce qu’il appelait "la ruche", là ou toutes
les abeilles ouvrières se retrouvent autour de la reine, la reine
étant en l’occurrence le Capitaine Eileen McGrady, une rousse
irlandaise pure souche qui avait grandi à New York et qui
dirigeait la section criminelle d’une main de fer dans un gant de
velours.
Au début, l’idée d’être sous les ordres d’une femme l’avait
quelque peu dérangé, puis il s’était habitué et avait fini par
accepter et reconnaître que, tout compte fait, la compétence et
l’expérience primaient totalement sur le reste.
Jack referma la porte de son bureau derrière lui, se laissa
tomber dans son fauteuil de cuir noir et prit une profonde
inspiration. Il resta ainsi, immobile, les yeux fermés pendant
cinq bonnes minutes.
Jack aimait son bureau, il s’y sentait presque mieux que chez
lui. Il l’avait d’ailleurs décoré à son image. Sur le mur derrière
lui, on pouvait admirer dans un cadre de bois vernis, sur fond
de velours pourpre, sa Police Combat Cross, médaille qui lui
avait été décernée pour acte de bravoure alors qu’il avait sauvé
deux enfants menacés par un forcené armé. Sur le meuble à
tiroirs, figurait en bonne place la coupe remportée lors d’une
compétition d’aviron, sport qu’il avait pratiqué à l’échelle
universitaire. Sur le mur de droite était affichée la reproduction
du numéro un d’Action Comics de 1938.
Jack s’accorda donc un moment de répit dans ce décor familier
avant d’entamer le premier debriefing.
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Quelques instants plus tard, il se tenait devant le tableau blanc,
feutre en main, prêt à synthétiser toutes les informations
recueillies.
- John qu’est ce que vous avez pu trouver ?
- Pour l’instant nous savons que Dorothy vivait seule, ses
parents habitent l’Oregon, nous avons fait le nécessaire
pour les prévenir et ils prennent l’avion dans quelques
heures.
Elle avait un petit ami, Matthew Connely, qui ne vivait pas
avec elle, apparemment une relation récente. On a envoyé
une voiture à son adresse et nous devrions pouvoir
l’interroger sans tarder. Le dernier appel passé avec son
portable était pour lui à 20 heures 30, il a duré 2 minutes.
Elle travaillait au service commercial d’une agence de
voyages depuis un an.
Et puis nous avons l’enregistrement de l’appel, il émanait
d’un portable prépayé, donc intraçable.
Je vous rappelle que nous avons retrouvé la victime avec les
yeux fermés, ce qui signifie peut-être, qu’elle connaissait
son agresseur.
Pour le reste, on attend les résultats de l’autopsie ainsi que
le rapport de la scientifique.
John lança l’enregistrement que tous écoutèrent attentivement.
- Bonsoir, puis-je parler à l’inspecteur Jack Saunders s’il
vous plaît ?
- L’inspecteur est absent pour le moment mais je peux
prendre un message et lui dire de vous rappeler, répondait la
voix de l’opératrice.
- Merci, mais dites-lui que c’est moi qui le contacterai,
informez le qu’un crime vient d’être commis, il trouvera le
cadavre à Central Park.
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L’homme indiquait ensuite l’endroit précis où on avait
découvert Dorothy et raccrochait au moment où l’opératrice lui
demandait son identité.
La voix était polie mais rauque, presque éraillée et ne paraissait
pas naturelle. Jack se dit que s’il cherchait à transformer sa voix
c’était forcement parce qu’il craignait qu’on le reconnaisse ce
qui renforça sa certitude d’avoir déjà eu à faire au meurtrier.
Restait à savoir dans quelles circonstances ?
- Merci les gars, je vais retourner chez la victime avec
Alvarez tenter de trouver des témoins, prévenez-moi dès
que le petit ami est dans nos murs !
John, ressortez tous les dossiers sur lesquels j’ai travaillé
depuis dix ans et qui se sont soldés par des longues peines
et vérifiez s’il y a eu des libérations conditionnelles, des
évasions, des permissions de sortie, enfin vous voyez, tout
ce qui pourrait ressembler à un début de piste.
Le jour se faufilait maintenant entre les gratte-ciel et une
longue journée s’annonçait.
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CHAPITRE 3
Au même moment un break s’engageait sur Elm Avenue à
Larchmont, une petite ville à 45 minutes de New York.
Le véhicule tourna dans une allée de gravillons et s’engouffra
dans un garage attenant au pavillon. Aussitôt un homme en
descendit et s’empressa d’aller refermer le portail. Puis il
retourna à la voiture, en sortit une petite mallette noire et entra
d’un pas décidé dans la maison.
- Andrew ? C’est toi ? appela une voix chevrotante.
- Oui mère, je suis rentré, veux-tu que je te serve un café ?
répondit l’homme qui avait déjà mis la cafetière en marche
dans la cuisine.
- Oui je veux bien, Jenny m’en a servi un ce matin mais
comme d’habitude il était exécrable ! Tu es encore sorti
cette nuit ? D’où viens-tu à cette heure ?
- C’est toi qui es exécrable vieille bique ! ne put-il
s’empêcher de penser. Il ne prit même pas la peine de
répondre à ses questions et descendit à la cave.
Il posa délicatement la mallette sur un bureau en bois, en sortit
deux boites de métal et s’allongea de tout son long sur un
matelas jeté à même le sol. Il était blond, la quarantaine et ses
cheveux frisés lui donnaient l’allure d’un ange dans le rai de
lumière qui filtrait de l’unique fenêtre. Sur ses lèvres flottait un
léger sourire, il avait l’air sinon heureux, au moins satisfait.
- Andrew ! se mit à crier la voix chevrotante ! Le café est
passé, qu’est ce que tu fais encore ?
Il brancha sa vieille radio pour ne plus l’entendre et s’accorda
quelques minutes sur fond de jazz avant de remonter à la
cuisine.

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