Voici un second extrait du Tueur aux Etoiles

Publié le par corinne-philippe-livres.over-blog.com

Pour ceux qui ont aimé les premiers extraits, je vous en offre un second, n'hésitez pas à commenter :

 

L’institut médico-légal se situait à deux pas de la "ruche", ce qui était bien pratique pour les hommes de la section criminelle.

Ils y furent donc en quelques minutes.

 

C’était la partie de son métier que Jack détestait par-dessus tout. Chaque fois qu’il poussait la porte de la morgue, c’était une véritable épreuve, certains disent qu’on s’y habitue avec le temps, pour lui c’était loin d’être le cas. Tout ici le rebutait, la froideur, les odeurs, les instruments qui le faisaient penser à une chambre de torture, la lumière crue, les placards alignés, sans parler de l’autopsie par elle-même, moments durant lesquels son imagination prolifique faisait qu’il se voyait lui-même sur la table de métal, et là, son angoisse atteignait des sommets.

 

Il prit donc une profonde inspiration avant de pousser la lourde porte.

 

- Ca vous dirait une pizza aux tripes de chez Colliccio pour déjeuner ? plaisanta Alvarez.

- Comment faites-vous ……bah, laissez tomber…fit Jack. Bonjour Doc, alors vous avez du neuf pour notre affaire ?

 

Les parents du Doc avaient, pour on ne sait quelle raison, appelé leur fils unique Adonis, aussi, tout le monde comprenait aisément qu’Adonis Morgan préféra se faire appeler tout simplement Doc.

 

Le Doc était un New Yorkais d’une cinquantaine d’années, marié depuis 20 ans à la même épouse, il avait suivi ses études de médecine à l’Université de Colombia et son père rêvait de le voir devenir un grand chirurgien.

Au lieu de cela, et sans doute par pure contradiction, il s’était spécialisé dans la médecine légale, ce qui lui avait attiré les foudres de sa famille avec laquelle il était resté en froid. Ce qu’Alvarez trouvait tout à fait normal pour un légiste…

Il était devenu très bon dans sa spécialité et sa réputation dépassait maintenant les frontières de l’Etat.

 

Il était également un grand fan de base-ball, supporter inconditionnel des Yankees, et dès que c’était possible, il ne manquait pas une occasion d’aller suivre un match au Yankee Stadium en arborant fièrement l’écusson officiel de l’équipe sur l’avant de son blouson.

 

- Bonjour Messieurs, approchez-vous, je vous en prie fit le Doc, je n’ai pas encore débuté l’examen interne, mais j’ai déjà effectué quelques constatations dont je tenais à vous faire part.

 

Dorothy était là, étendue nue sur la table d’inox.

 

Le Doc la saisit à deux mains et la retourna sur le côté faisant apparaître une plaie béante. Au milieu de son dos, il manquait un carré de peau d’environ 20 centimètres par 20 centimètres, c’était coupé si profondément qu’on pouvait apercevoir la colonne vertébrale.

 

- Qu’est ce que c’est que ce malade ? s’exclama Jack, et pourquoi n’avons nous pas remarqué cette blessure hier soir ?

- Il avait soigneusement couvert la plaie avec des compresses et posé un bandage autour, j’ai expédié l’ensemble au labo pour analyse et ce n’est pas tout, j’ai également découvert une trace de piqûre à la base du cou, des pétechies sur la conjonctive, ce qui signifie probablement que notre victime est morte asphyxiée et non poignardée comme on a pu le supposer dans un premier temps et j’ai également découvert la présence de sucre dans ses urines ce qui peut évoquer un empoisonnement. Tous les prélèvements sont en cours d’analyse.

- Mais alors, pourquoi la poignarder ? demanda Alvarez interloqué. Pour s’assurer qu’il ne l’avait pas loupée ?

- Donc pour résumer, il l’étouffe, il la poignarde, admettons pour être sûr, lui retire des morceaux de peau et bande ses blessures, fit Jack qui tentait de donner un sens à ce puzzle mortuaire.

- Attendez, je n’ai pas terminé, j’ai découvert ceci au fond de sa cavité buccale, fit le Doc en tendant un petit tube marron clair au bout d’une paire de pinces.

 

Il le posa délicatement sur un plateau.

 

- Je vous attendais pour procéder à son ouverture.

 

Le tube en bambou d’une longueur de 3,5 centimètres était obturé aux deux extrémités par de la cire rouge. Le Doc décacheta un côté du tube, prit une pince à épiler et en extirpa un petit rouleau de papier qu’il s’empressa d’étaler sur le plateau. Il s’agissait de papier ordinaire sans aucune particularité. Les trois hommes se penchèrent de concert au-dessus du plateau. Un chiffre ou plus précisément une suite de numéros y était inscrite : 0-7-8-8.

 

- Cela vous évoque-t-il quelque chose , demanda le Doc.

- Pas le moins du monde, répondit Jack, fixant le papier d’un air circonspect tout en se massant le menton.

- Pas mieux ! renchérit Alvarez, peut-être une date, juillet 1988 ? On devrait peut-être appeler Robert Langdon (1) ! !

- Qui est ce Robert Langdon ? demanda le Doc.

- C’était une plaisanterie ! répondit Alvarez.

- Encore une de vos blagues que vous êtes le seul à comprendre, je vois, bon, revenons à notre affaire, je vais procéder à  l’examen interne, vous souhaitez y assister ?

- Croyez bien que nous apprécions votre proposition mais nous avons un premier rapport à rendre et nous allons vous laisser vaquer à vos occupations Doc, répondit Jack qui évitait, autant que faire se peut, les autopsies quand sa présence n’était pas indispensable. Je vous envoie le Sergent Lynn. Prévenez-nous lorsque vous aurez terminé.

 

 

(1) Personnage principal féru d'imagerie symbolique, issu d’une série de  romans de Dan Brown, dont  "Da Vinci Code" et  "Anges et démons".

 

Sur ces paroles, il se défit de sa blouse bleue et prit la direction de la sortie, Alvarez lui emboîta le pas et les deux hommes reprirent le chemin du bureau.

 

Il firent une petite halte chez  Joe, le temps d’avaler un sandwich au poulet, les meilleurs du quartier, tout en discutant de l’affaire.

 

Le soleil éclairait les rue de New York et faisait étinceler les vitres des gratte-ciel, c’était une arrière saison agréable et les prémisses de l’automne tardaient à montrer le bout de leur nez. Jack adorait cette ville toujours bouillonnante d’activité. Bien sûr, comme toute mégapole, elle avait son côté sombre et sa noirceur pouvait être d’une profondeur incommensurable, mais ce mélange des genres lui plaisait assez, lui qui côtoyait quotidiennement les deux faces qu’elle offrait.

 

Lorsqu’il était plus jeune, il croyait fermement qu’un beau jour on parviendrait à éradiquer le crime de cette ville, un peu à la manière des héros de comics de son enfance, puis il avait réalisé que tout cela n’était qu’utopie, que les justiciers invulnérables n’existaient que sur le papier et dans l’imagination populaire et qu’il pourrait travailler d’arrache-pied pendant des années, les criminels en tout genre seraient toujours là à gangrener la tranquillité des citoyens. Mais il ne s’était pas aigri ou découragé pour autant, au contraire quelque part cela le stimulait et chaque enquête résolue était pour lui une grande satisfaction.

 

http://www.thebookedition.com/corinne-philippe-le-tueur-aux-etoiles-p-52961.html

 

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